Du rêve NBA au record de France : Samuel Vessat, le basketteur devenu sprinter
Vingt-quatre heures après avoir battu le record de France du 400 m en salle, Samuel Vessat a terminé cinquième de la finale du Big Ten. À 24 ans, l'ancien basketteur poursuit une ascension aussi rapide qu'atypique — du rêve NBA qu'il a longtemps caressé aux pistes universitaires américaines où il excelle depuis à peine deux ans.
Le record de France qui change la donne
Vendredi à Indianapolis, Samuel Vessat a franchi la ligne d'arrivée du 400 m en salle en 45''38. C'est un temps qui efface des tablettes le précédent record national, détenu depuis longtemps par Leslie Djhone avec 45''54. Ce n'est pas rien : Djhone est un ancien champion du monde du relais 4x400 m, donc Vessat vient de dépasser un athlète de vrai haut niveau.
La piste d'Indianapolis, large et régulière, a pu jouer en sa faveur par rapport aux conditions de Bercy où avait été réalisé l'ancien record — mais en athlétisme d'élite, les détails logistiques ne changent pas la valeur d'un exploit. Moins de 24 heures plus tard, samedi, Vessat a enchaîné avec la finale du Big Ten Championships, la compétition NCAA avec Purdue. Il a terminé deuxième de sa série et cinquième au total en 46''05. La performance est solide, même si elle ne reproduit pas l'éclat de vendredi. C'est justement ça, l'apprentissage : apprendre à manager l'énergie, la récupération, le timing mental sur deux courses de ce calibre en deux jours. Vessat y est encore, mais il assure.
Qui est Samuel Vessat ? Le parcours atypique d'un enfant du basket
Vessat a grandi dans le basketball. Son père était joueur, et c'est tombé dedans à 3 ans — le circuit classique pour tout gosse qui rêve grand dans une région panier comme l'Île-de-France. Débuts à Paris Jean-Bouin puis Levallois. À 11 ans, il part à Atlanta pour un collège spécialisé. Retour en France, passage par La Courneuve, puis Aix-Maurienne en U18, avant un détour en Suisse à Chêne Basket. L'ambition était claire : la NBA. C'est le rêve que 90 % des jeunes basketteurs franciliens nourris au parquet ont un jour.
En, il décroche une bourse à l'université Vanier de Montréal — le rêve semble se concrétiser. Mais la pandémie débarque et le confine à Thonon-les-Bains avec son père. Détail surréaliste : il suit ses cours à distance de minuit à 4 heures du matin. Cette période, que personne ne voyait comme déterminante, s'avère être un tournant.
Il rebondit en Irlande, à Limerick, s'inscrit à la Draft NBA — le rêve persiste — puis rejoint Edwards Waters à Jacksonville, Floride, en NCAA Division II. Vessat n'a pas la silhouette d'un coureur de 400 m. Il fait 1,93 m, pèse 86 kg : c'est un gabarit de basketteur. Rien que physiquement, on voit qu'il vient d'un parquet, pas d'une piste.
L'athlétisme en parallèle, puis le grand virage
Depuis, Vessat faisait de l'athlétisme en complément, comme préparation physique. Saint-Denis Emotion l'avait intégré à ses suivis dès avant. Mais ce n'était vraiment qu'un complément — il n'y a pas pensé comme une carrière en soi.
Le vrai tournant : après l'élimination des Tigers en play-offs, il décide de courir en compétition pour la première fois. Une vraie compétition, pas une séance. C'est le 23 mars. L'accélération vient l'été suivant : victoire en série aux Championnats de France de Talence en 45''39, puis cinquième place en finale. En quelques mois, il atteint le niveau de top-coureur français. À la rentrée, il rejoint Purdue à West Lafayette pour se consacrer pleinement au 400 m. Richard Cursaz et Emmanuel Huruguen, qui coachent le collectif relais français, l'intègrent à leur suivi élargi. Ce n'est pas une expérience isolée — c'est du sérieux.
Samuel Vessat en NCAA : situation et enjeux
Vessat s'était un temps interrogé sur sa nationalité sportive. La question est réglée : il reste français. Jean Galfione, manager du programme LA 28, le suit sérieusement — signe que les instances nationales regardent le profil avec attention.
Ses 45''38 l'ont fait passer du 20e au 8e rang des bilans NCAA, un bond spectaculaire. Il est éligible pour les Mondiaux en salle de Torun en Pologne, puisqu'il a réussi les minima de sélection. Calendrier serré : les Championnats NCAA auront lieu en Arkansas, et les 16 premiers qualifiés iront à Torun. Vessat figure dans les postes de qualification. Dispensé des Championnats de France pour honorer ses engagements chez Purdue, il ne participera pas aux sélections nationales en salle — mais son record lui laisse des portes ouvertes ailleurs.
Pourquoi c'est unique
Le rêve NBA raté, ce n'est pas un secret : l'accès à la NBA pour un Français n'est pas garanti, même avec une bourse universitaire. Beaucoup de jeunes s'arrêtent là. Vessat, lui, trouve une seconde voie complète en athlétisme à 22 ans. C'est rare. Très rare même.
Passer d'un sport collectif à un sport individuel à cet âge, c'est un changement de psychologie totale. Le basketball, c'est partager, l'équipe valide tes choix. Le 400 m, c'est toi seul, ton chrono, tes décisions. Un basketteur de 1,93 m qui devient coureur de 400 m, c'est aussi atypique physiquement — ce ne sont pas les profils habituels pour cette distance. Mais Vessat a décidé seul, sans équipe pour valider, et ça a marché.
À suivre : Torun, Arkansas et la suite
Les prochaines semaines vont dire beaucoup sur la trajectoire de Vessat. Les Championnats NCAA en Arkansas sont l'occasion de confirmer son ranking dans le top 16. Torun, c'est le premier test international de haut niveau avec ses nouveaux standards. C'est un athlète à monitorer — voir s'il continue en NCAA après Purdue, s'il revient en France, s'il vise les Jeux. Sa trajectoire vaut le coup d'être suivie de près.